Cérémonies de Montchal - 17 mars 2019

lundi 24 juin 2019
par  webmestre

COMMÉMORATIONS DES COMBATS DE MONTCHAL
Dimanche 17 mars 2019

C’est encore nombreux, qu’en ce glacial dimanche du 17 mars 2019, nous nous sommes retrouvés, élus, porte-drapeaux, familles de résistants, élèves de l’école du RPI COTTANCE-MONTCHAL entourés de leurs parents et accompagnés par leur instituteur Monsieur FORISSIER, membres de la clique de SAINT-FORGEUX, habitants de la commune et des communes voisines, pour rendre hommage aux combattants qui perdirent la vie sur le sol de MONTCHAL, en ce dimanche 19 mars 1944.

Au Mémorial du Crêt

Bernadette ROSSI, en l’absence de Simone OLESZCZSAK (responsable de l’ordonnancement) ouvre la cérémonie.

Alors que la clique de SAINT-FORGEUX ouvre le ban, Claude MATÉO, procède à la montée du drapeau qui s’élève doucement au-dessus du mémorial du Crêt, pendant que les élèves de CM2, accompagnés à la guitare par Sébastien et Jérômine MARTINEZ, entonnent « Le Chant des Partisans ».

Au pied du monument aux morts, après que les écoliers de MONTCHAL, aient déposé notre gerbe, et alors que retentit « La Sonnerie aux Morts » jouée par la clique de SAINT-FORGEUX, Messieurs PIERRE et Claude MATÉO, égrènent les prénoms, noms, âges des neufs combattants qui pour certains, en ce dimanche 19 mars 1944, perdirent la vie en combattant sur le sol montchalien, et pour les autres furent arrêtés et exécutés dans les jours qui suivirent.

Alors qu’une bise glaciale balaie les hauteurs de la commune, nous aurons durant la minute de silence une pensée particulière pour ces combattants qui livrèrent dans des conditions atmosphériques encore plus difficiles un combat acharné et inégal.

Pendant que les drapeaux sont mis aux pieds, les élèves du RPI de COTTANCE-MONTCHAL nous font, sous la direction de leur professeur Monsieur FORISSIER, une très belle interprétation du « Chant des Partisans Italien » « Bella Ciao », chant suivi du poème écrit par Louis NEEDERMEYER durant son internement à DACHAU, et récité par Hugo JAROS.

Monsieur Laurent WAUQUIEZ, président du Conseil Régional, Monsieur Jean-Pierre TAITE, vice-président du conseil régional, Monsieur Jean-Michel MERLE, président de la communauté de commune du FOREST-EST, Monsieur Jacques DE LEMPS, maire de COTTANCE, étant excusés, Bernadette ROSSI annonce les différentes allocutions.

Monsieur DENIS, maire de MONTCHAL, est le premier à prendre la parole, pour rappeler combien les habitants de cette petite commune de la Loire ont été marqués par les tristes évènements qui s’y sont déroulés en mars 1944, et combien ils sont restés attachés à ces cérémonies, et ce, malgré les années qui passent.

La seconde allocution est celle de Monsieur Jean-Claude TISSOT, sénateur de la Loire, qui rappelle que c’est en rendant, comme aujourd’hui, hommage aux résistants du maquis DESTHIEUX que nous participons, à notre manière, au travail essentiel du devoir de mémoire. L’objectif fondamental de ce travail de mémoire est … que jamais ces évènements tragiques ne se reproduisent.

Alors que cette expression « devoir de mémoire » qui n’est apparue que dans les années 1980, à propos de la seconde guerre mondiale et en particulier de la Shoah, la promotion qui en a découlé est le résultat du dévouement de toutes les associations de combattants et de victimes. Elle est l’œuvre également des collectivités locales qui jouent un rôle déterminant dans la participation à l’organisation des cérémonies, telle que MONTCHAL, mais également dans l’entretien des monuments qui sont des supports indispensables aux rites du souvenir, sans oublier le travail des enseignants qui, à travers l’instruction civique, concourent à ce devoir.

Il nous exhorte de transmettre aux plus jeunes nos souvenirs, mêmes les plus douloureux, nos convictions les plus profondes, de leur tenir des discours de vérité et de lucidité, afin de faire ensemble cause commune pour une nation unie et un peuple rassemblé. Il rappelle que c’était d’ailleurs le combat mené par ces neufs combattants morts lors de ces terribles combats de MONTCHAL, leurs luttes quotidiennes étant dirigées, certes contre le nazisme, mais également contre le régime collaborationniste de VICHY et ses agents zélés, prompts à dénoncer un résistant, un juif, un réfugié…. Ils combattaient pour un idéal qui était la liberté, ils avaient soif de justice, étaient épris d’égalité, leur volonté commune étant de rebâtir un état français, une nouvelle république démocratique, sociale et laïque, une FRANCE qui ferait revivre ce qu’elle a de plus beau et de plus fécond, une FRANCE solidaire, celle des droits de l’homme. Pour eux l’ennemi était là présent, visible, il occupait l’EUROPE, aujourd’hui nous avons le sentiment de combattre un ennemi invisible, celui de la division, du poison… Ceux qui portent des discours négationnistes, qui refont l’histoire, qui propagent des fausses rumeurs (notamment par le biais d’internet) pour diviser les français, tentent de rompre notre pacte républicain né au lendemain de la seconde guerre mondiale. Par intérêt vénal, ils arrachent page après page les conquêtes sociales du Conseil National de la Résistance, qui sont pourtant le ciment de notre unité nationale.

Il nous rappelle que les menaces n’ont jamais cessé, qu’elles sont à l’intérieur même de la FRANCE et de l’EUROPE, que l’on voit le retour des nationalistes, des héritiers du nazisme et du fascisme et qu’il nous appartient de transmettre aux jeunes générations ce devoir de mémoire, que l’idéal de ces neufs combattants à qui nous rendons hommage aujourd’hui, était l’idéal de tous les maquisards, de cette France résistante qui faisait honneur à elle-même, et qu’il n’appartient qu’à nous, d’être les relais modestes de leur combat.

La troisième allocution est celle de Monsieur Roger GAY, président de l’ANACR du Rhône.
Il nous rappelle que la cérémonie de ce jour s’inscrit dans la longue tradition mémorielle initiée par les survivants et acteurs de ces évènements qui ont eu lieu aux confins du RHÔNE et de la LOIRE. Qu’au fil des ans, les témoins nous ont quittés, qu’ils nous ont confié la mission et l’honneur d’être leurs continuateurs.
Ne pas laisser la mémoire s’estomper est une tâche importante et nous devons faire nôtre la phrase d’André MALRAUX (résistant et compagnon de la Libération) …

« le tombeau des morts, c’est la mémoire des vivants »

Aujourd’hui, nous devons avoir une respectueuse pensée pour ces hommes, ces résistants dont les noms sont gravés dans la pierre de ce monument du Crêt, et qui, au cours des combats de ce dimanche 19 mars 1944 ou dans les fossés du fort lyonnais de la Duchère, ont payé de leur vie leur engagement pour que notre sol, notre peuple retrouve la liberté et les chemins de la démocratie. Toutes et tous, posons un acte de fidélité à l’égard de ceux qui s’engagèrent, il y a trois quart de siècle, dans la lutte contre le fascisme, pour libérer la FRANCE de l’occupation nazie et du régime de collaboration à sa solde.

Car se sont bien les forces répressives du régime de VICHY qui intervinrent, en ces lieux. Des forces dirigées par le préfet de la LOIRE BOUTEMY, devenu par la suite, (en passant à travers les mailles de l’épuration), Préfet Régional et qui continua sa carrière durant de longues années tout comme le très tristement célèbre PAPON. Eux étaient des français qui avaient fait le choix de la soumission, de la collaboration, de l’allégeance à la doctrine de l’occupant nazi, contre des hommes et des femmes qui avaient eux, fait le choix du refus de l’oppression et surtout fait le choix de l’espoir, celui d’un avenir qu’ils espéraient meilleur. Ils étaient porteurs de valeurs, des valeurs que nous faisons encore nôtres aujourd’hui :
• L’esprit démocratique face à la dictature
• L’humanisme antiraciste face à la barbarie raciste génocidaire
• Un patriotisme puisant ses sources dans la république, face au nationalisme xénophobe.

Ce dimanche matin, nous sommes nombreux en ces lieux dont la terre porte la trace de ces combattants que l’on disait de l’ombre, mais dont le sacrifice et la mémoire voulaient éclairer un nouveau monde meilleur. Rappelons-nous que ces combats de MONTCHAL se sont déroulés quatre jours après le 15 mars 1944, date à laquelle la Résistance a adopté et publié son programme. Ce programme du Conseil National de la Résistance (CNR) devenait le livre de conduite pour la libération du territoire, mais aussi, au lendemain de cette libération, reconstruire la société nouvelle, celle de la république sociale.

« Les Jours Heureux », tel était l’intitulé de ce programme, fruit du travail et de l’action du CNR, créé le 27 mai 1943, grâce à la détermination de Jean MOULIN et de la volonté d’union des mouvements de résistance dans leur diversité de sensibilités ou d’options sociales, philosophiques, religieuses ou politiques. Le CNR était bien à l’image de celles et ceux qui, sur le terrain résistaient, et les combattants dont nous honorons, en ces lieux, la mémoire étaient représentatifs de cela.

75 ans après, inexorablement, la période de la résistance s’éloigne chaque jour, et les rangs de ses acteurs, de ses combattants s’éclaircit chaque année un peu plus. Il nous faut faire un appel afin que les générations d’aujourd’hui, comme celle de demain, s’engagent dans la poursuite du combat de ceux dont nous rappelons la mémoire. Nous devons plus que jamais avoir confiance dans la jeunesse porteuse de l’avenir et prête à s’engager pour des causes nobles au sein de notre monde actuel.

Pour nous la lutte s’écrit au présent, contre toutes les résurgences des nostalgiques du fascisme, du négationnisme, de l’antisémitisme mais aussi contre les crimes terroristes. Les héritiers de ceux qui mirent la FRANCE, l’EUROPE et même le MONDE à feu et à sang, constituent une menace contemporaine réelle.

En ces lieux porteurs de mémoire, nous sommes convaincus qu’il est plus que jamais nécessaire de se rassembler et d’agir pour faire vivre l’espérance de la résistance et pour que vive la république et que vive la France.

La dernière allocution est celle de Monsieur Michel CHAVANET, président de l’amicale des maquis de l’Azergues.
Après avoir remercié, Monsieur DENIS, maire de MONTCHAL, Mesdames et Messieurs les élus, les présidents et représentants d’associations d’anciens combattants, les porte-drapeaux, ainsi que les personnes présentes à cette cérémonie, prend à son tour la parole et nous rappelle que chaque année, à la veille du printemps, nous nous retrouvons devant ce mémorial pour nous souvenir du sacrifice de ceux qui sont tombés à MONTCHAL, ce dimanche 19 mars 1944.

C’est de ces forêts et des collines qui nous entourent que les hommes du Camp DESTHIEUX étaient descendus pour trouver un refuge provisoire dans les fermes abandonnées du MAGAT. Tous ces jeunes hommes, venus d’horizons et de conditions différentes allaient être confrontés à la dure réalité de la guerre.
Ce dimanche 19 mars 1944, à l’aube, des unités armées du gouvernement de VICHY, disposant de forces six fois supérieures en nombre et d’un puissant armement surprirent les maquisards qui firent face avec courage à leurs assaillants. Malgré cette attaque surprise, les partisans réussirent à se dégager de l’encerclement ennemi, mais ils perdirent neuf patriotes, tombés au cours de ce combat ou faits prisonniers et fusillés quelques jours plus tard au fort de la Duchère à LYON.

Ils ont porté bien haut le drapeau de la France combattante et n’ont pas failli à leurs convictions.

Nous associerons à notre hommage Monsieur MONTMAIN, maire de MONTCHAL à l’époque des faits, qui refusa d’obéir aux autorités qui voulaient faire ensevelir les corps des partisans dans la fosse commune. Bravant l’interdit, il organisa une cérémonie, en présence des habitants de la commune et avec la participation de l’abbé POYET.

Que ces faits soient riches d’enseignements pour les nouvelles générations qui devront comme leurs parents défendre les valeurs de la République, « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Au terme de cette première cérémonie, nous aurons une pensée toute particulière pour Madame Odile CHADEBECH qui nous a quittés en août 2018. C’est grâce à son travail et à son attachement à notre amicale, qu’elle a contribué à participer à son développement et à le faire connaître sur les réseaux sociaux.

Il rappelle que la famille MATÉO, a également été endeuillée en cette année 2018, avec la disparition de Joséphine et Marcel, sœur et frère de José MATÉO, arrêté à MONTCHAL, et fusillé au fort de la Duchère à LYON, le 27 mars 1944.

Après avoir vivement remercié, en son nom et au nom des membres du bureau de l’amicale, les élus, les intervenants pour la qualité de leurs interventions, les fidèles porte-drapeaux, la clique de SAINT-FORGEUX, Monsieur Joan FORISSIER directeur du RPI COTTANCE-MONTCHAL, les enfants de l’école (accompagnés de leurs parents), qui nous ont ravi par leurs chants et leurs poèmes, et tous ceux qui nous font l’amitié de se joindre à nous pour garder vivant le souvenir des Résistants des Maquis de la Vallée d’Azergues, notre hymne national «  La Marseillaise  », reprise en chœur par l’assemblée présente, s’élève dans les airs de cette commune de MONTCHAL, pour clôturer cette première cérémonie.

Après le salut des personnalités à nos porte-drapeaux, les participants sont invités à se rendre devant la stèle du Magat, puis au cimetière sur la tombe de FRANTZ où auront lieu les prochains hommages.

Cérémonie au Magat

C’est sous une bise glaciale, que notre groupe, encore nombreux, s’achemine au Magat pour rendre un nouvel hommage aux combattants qui perdirent la vie, en ces lieux mêmes, ce dimanche 19 mars 1944.

Alors que la clique de SAINT-FORGEUX ouvre le ban, «  Le Chant des Partisans  » s’élève dans la campagne montchalienne, pour saluer la bravoure de ces hommes qui au prix d’un courage acharné mais dans une lutte illégale, furent tués au cours de ces affrontements.

Une gerbe offerte par les enfants d’Odile Chadebech et portant l’inscription « Aux Combattants du Magat » est déposée au pied de la stèle par les enfants des écoles de Montchal.

La minute de silence et la sonnerie aux morts qui s’en suit, permet à chacun de se replonger dans ce qu’il s’est passé, il y à 75 ans presque jour pour jour, où ces valeureux maquisard au mépris de leurs vies, combattaient et livraient une guerre sans merci contre leurs attaquants.

A l’initiative du directeur des écoles, le jeune Louison FESSY de la classe du CM2, nous récite le poème de Jacques PREVERT, «  Le Fusillé  », ce qui nous fait penser un peu plus à Michel GUILLERMIN, José MATÉO, Guy MULARD, Joseph VOLAY, quatre valeureux combattants, ayant échappé à la mort durant les combats du Magat, et qui furent arrêtés torturés et fusillés peu après.

Après ces moments de recueillement, Claude MATÉO qui ordonne la cérémonie annonce l’allocution de Jean-Pierre RÉAT.

Après avoir salué et remercié les personnes présentes en ce lieu de mémoire, c’est avec une émotion particulière que Jean-Pierre RÉAT prend la parole pour parler de sa maman Odile Chadebech, ancienne résistante, compagne du commandant Carron et animatrice de l’amicale qui nous a quitté au mois d’août dernier. Avec elle, c’est la voix d’un grand témoin qui s’est tue.

Il est l’un de ses cinq enfants, sa disparition ne fait que le confirmer dans la nécessité du devoir de mémoire ainsi que dans une veille attentive au contenu des écrits sur la Résistance.

Il retrace cette journée du 11 Mars 1944, où échappant une onzième fois à la traque des Allemands, les 36 hommes FTPF du maquis DESTHIEUX, trouvèrent refuge et se cantonnèrent dans deux maisons inoccupées du MAGAT ainsi que dans une autre bâtisse située à 800m de là. Ces patriotes qui avaient choisi leur camp, celui de l’honneur et de la liberté, luttaient avec des moyens dérisoires contre les troupes d’occupation.

Au cours des recherches qu’il a entreprises sur les combats du MAGAT, que ce soit sur Internet ou au fil des ouvrages qu’il a lu, il a pu découvrir, des lacunes, des approximations et même de grossières erreurs, et par respect pour la mémoire de ceux dont le sang a coulé ici, il lui semble utile de combler ou de les faire rectifier par leurs auteurs.

(Le résultat des recherches de Mr Jean-Pierre Réat peut être consulté).

Après cette allocution, «  La Marseillaise  » résonne une seconde fois en cette matinée, au pied de la stèle du MAGAT, pour rendre un dernier hommage aux combattants du MAGAT.

Recherches de Mr Jean- Pierre Réat sur les Combats du 19 Mars 1944 à Montchal.

Victimes d’une dénonciation, ils seront, à l’aube de ce 19 Mars 1944 encerclés et attaqués par 75 Gardes Mobiles, 40 Gendarmes et 3 Officiers qui eux, avaient choisi un autre camp, celui de la collaboration servile avec l’occupant nazi et qui exécutaient sans état d’âme les ordres venus de la préfecture. Il le cite ainsi, le responsable de « ce nettoyage d’un camp de terroristes communistes » n’est autre que le Préfet de la LOIRE, André BOUTEMY que rien, ni personne n’obligeait à organiser une telle opération, opération qu’il viendra même superviser sur place, par crainte qu’elle n’échoue. Dans la matinée, confronté à la farouche résistance des maquisards, des renforts ont été demandés à VICHY et le préfet subira les reproches de DARNAND parce que : _ « 120 gardes et gendarmes n’arrivaient pas à venir pas à bout de 30 bandits terroristes ».

L’arrivée des renforts, équipés de fusils lance-grenades, contraindra les résistants à quitter l’abri des maisons pour tenter de fuir l’encerclement et essayer d’échapper au massacre qui leur est promis. Venu sur place, en début d’après midi, le Préfet BOUTEMY refusera qu’on transporte à l’hôpital et que l’on soigne, les deux prisonniers blessés qu’il a fait déposer devant la gendarmerie de NERONDE. Plus tard, avec l’intendant de police CUSSONAC venu de LYON, il leur fera vainement subir un interrogatoire inutile, ponctué de brutalités et d’insultes. Ces deux jeunes résistants, Maurice MERIGNEUX et Michel GUILLERMAIN, tous deux âgés de 19 ans qui patrouillaient très tôt le matin à la CROIX DE SIGNY, avaient été blessés et faits prisonniers à la suite d’une traîtrise perpétrée par des gendarmes de la brigade de PANISSIERES.

De ce dimanche 19 Mars 1944, le bilan humain sera lourd :

Chez les FTP :

  • 5 sont tués au cours des combats
  • 5 sont faits prisonniers (dont 4 seront fusillés)
  • le 5e survivra amputé d’une jambe

Chez l’assaillant :

  • 2 gardes mobiles sont tués
  • un nombre indéterminé d’assaillants seront blessés
  • 2 gendarmes gradés seront exécutés au mois de mai en représailles (un capitaine à PANISSIERES et un chef de brigade à MONTBRISON).

Ce sont les témoignages écrits de sa secrétaire et de son chauffeur, le récit d’un commerçant de VIOLAY, les rapports des gendarmes de NERONDE et de PANISSIERES et celui du Commissaire Divisionnaire de ST-ETIENNE qui permettront de retracer précisément cette journée, tous attestent de l’ignoble comportement de BOUTEMY.

Qu’est-il advenu du triste personnage responsable de tous ces morts ?

Démobilisé, il est nommé sous-préfet de THONON en octobre 1940, puis Directeur des Renseignements Généraux en novembre 1941 et nommé Préfet de la LOIRE en Mai 1943. Il organise et supervise, le 19 Mars 1944 la « liquidation d’un maquis FTPF » à MONTCHAL.
En juin 1944 pour ce service rendu il est promu par VICHY, Préfet Régional du RHÔNE, à la place d’Édouard BONNEFOY, arrêté pour son activité en faveur de la résistance, par la Gestapo le 14 Mai 1944, il sera déporté à BUCHENWALD, où il décèdera en Novembre 1944.

Annonçant la nomination de BOUTEMY, en qualité de Préfet Régional, Le Journal de la LOIRE lui adresse : ses respectueuses félicitations… « Son autorité ferme et compréhensive, la haute et bienveillante courtoisie de son accueil, son souci d’informer et d’éclairer les journalistes dans leur tâche délicate, nous serons heureux de les retrouver demain dans le cadre élargi où le nouveau Préfet Régional aura à exercer sa judicieuse et féconde activité ».

A la libération André BOUTEMY, révoqué de ses fonctions sera déchu de ses droits civiques pour collaboration. Il sera détenu à la prison de SAINT-ÉTIENNE jusqu’à la fin Octobre 1944, puis transféré à la prison de FRESNES le 6 Novembre 1944. Il sera libéré le 30 janvier 1945 au bénéfice d’un non-lieu prononcé par la Cour de Justice de la SEINE.

En 1945, il est nommé Conseiller Politique au Conseil National du Patronat Français chargé du financement des candidats soutenus par le CNPF.

Son rôle : distribuer à bon escient des fonds patronaux pour lutter contre l’influence des idées communistes.
Il recouvre ses droits civiques en 1950, sera nommé Préfet Honoraire par le décret présidentiel du 21 Mars 1952. Il est élu Sénateur de SEINE et MARNE le 18 mai 1952, nommé Ministre de la Santé Publique et de la Population dans le gouvernement de René MAYER, le 8 janvier 1953.

Cette nomination provoquera une vague d’indignation et de protestations tant pour son rôle sous l’occupation, que pour ses fonctions de Conseiller Politique du CNPF. La présentation du budget de son ministère, à l’Assemblée Nationale, donnera elle aussi lieu à de tels incidents qu’il sera contraint de démissionner le 9 Février 1953.

Il sera membre de la Commission des Finances du Conseil de la République et Président de la Commission de Contrôle des Crédits de la Défense Nationale.
Il représentera la FRANCE à l’Assemblée Parlementaire Européenne en 1957.
Il sera élu Président de la Commission Agricole de l’Organisation Européenne.
Il sera réélu Sénateur de SEINE et MARNE en 1958.
Il décèdera en famille le 14 juillet 1959.

Voici quelques passages de l’éloge funèbre prononcé par Monsieur Gaston MONERVILLE
Journal Officiel du Sénat en date du / 21 Juillet 1959 / page 562.

C’était un être intelligent et fin, pondéré, réfléchi. Il glissait à pas lents, plus qu’il ne marchait. La démarche de son esprit était à l’image de son allure physique, il n’élevait jamais la voix, il suggérait plus qu’il n’imposait.

Après sa démobilisation en 1940, il se dirigea vers la carrière préfectorale. En mai 1952, il se présenta en SEINE et MARNE, comme candidat au Conseil de la République, il devait être constamment réélu depuis.

Mais sous une apparente rigueur, André BOUTEMY était un être chaleureux, tout de cordialité et de bienveillance naturelle. Ses collaborateurs immédiats en portent tous témoignage. La mort l’a surpris debout, en pleine activité, plein de foi dans l’avenir de la FRANCE et de l’EUROPE.

Si notre mélancolie est grande en face de cette disparition soudaine, c’est parce que nous avons la sensation qu’André BOUTEMY, n’avait pas encore donné sa mesure. Le vide nous parait d’autant plus grand, l’insatisfaction de notre esprit plus aiguë, que nous nous surprenons à penser que, si certaines circonstances avaient pu être autres, peut être le destin d’André BOUTEMY l’eut été également.

En lisant cette biographie, cet éloge comment ne pas penser aux mères, aux pères, aux enfants, aux frères, aux sœurs, aux compagnes de ceux qui sont tombés ici ou qui seront fusillés dans les fossés du fort de la Duchère ?

Imaginez … vous êtes la famille de Jean BERTRAND, d’Edgard BEDIKIAN, de Jean GROSSIORD, de Michel GUILLERMAIN, de Roger LACOUR, de José MATÉO, de Guy MULARD, d’Henri VOLAY. Votre fils, votre frère, votre père, votre compagnon engagé dans le combat clandestin pour libérer la FRANCE de l’occupant nazi, a été tué ou sera fusillé par des policiers français. Le responsable de sa mort, libéré après 4 mois de prison est maintenant un dignitaire de la république, élu et réélu Sénateur, nommé Ministre… Comment ces familles ont-elles pu accepter une pareille injustice, quelles souffrances, quelles tortures morales ont elles enduré ? Comment ont-elles réussi à s’affranchir d’une telle infamie ?

Les responsables militaires du camp DESTHIEUX, Roger CHAVANET et son adjoint Marcel CHADEBECH dans leurs ouvrages respectifs, posaient ces mêmes questions :

  • Pourquoi BOUTEMY a t’il organisé cette opération « nettoyage » contre le maquis FTPF Desthieux ?
  • Pourquoi seules des forces de répression françaises sont engagées dans cette opération ?
  • Pourquoi cette attaque le 19 Mars ?

En effet, le 15 Mars 1944, un gendarme, sous le sceau du secret, avait demandé à l’abbé POYET de prévenir les résistants, qu’ils étaient repérés et avaient une dizaine de jours pour quitter les lieux …

N’était-ce pas là une fausse information destinée à garder le maquis sur place pour mieux organiser sa liquidation ?

Finalement, quels services a rendu André BOUTEMY sous l’occupation ? De quels soutiens a t’il bénéficiés à la libération pour connaître une telle destinée ? Son supérieur à VICHY Joseph DARNAND et l’intendant de la police lyonnaise René CUSSONAC, seront eux jugés, condamnés à mort et passés par les armes.

Des zones d’ombre perdurent sur cette période. Les historiens qui travaillent sur les archives françaises et allemandes désormais consultables, pourront ils nous éclairer ? Pour sa modeste part, Jean-Pierre RÉAT, essaye de trouver des réponses.

Il termine son allocution avec cette citation de Berthold BRETCH encore, toujours et à nouveau d’actualité : « Ne vous réjouissez pas de sa défaite, vous les hommes, car la traînée qui l’a mise au monde est à nouveau en rut. »

Jean-Pierre Réat Mars 2019

Après cette allocution, «  La Marseillaise  » résonne une seconde fois en cette matinée, au pied de la stèle du MAGAT, pour rendre un dernier hommage aux combattants du MAGAT.

Cette cérémonie se poursuivra ensuite, au cimetière de la commune sur la tombe de FRANTZ.

Cérémonie au cimetière

C’est dans le petit cimetière de Montchal, près de sa tombe, entourée par les porte-drapeaux, que nous nous retrouvons encore nombreux, pour rendre hommage à Frantz, cet homme sujet sudète, dont on ignore l’identité, mort en se battant au côté des nôtres, ce dimanche 19 mars 1944.

Pour la 3e fois en cette matinée, «  Le Chant des Partisans  » résonne sur cette commune de MONTCHAL. Ela petite-fille de Mr Muzel Ancien Résistant des maquis de l’Azergues déposa notre gerbe.

Après la minute de silence observée la mémoire de Frantz, suivie par «  La Marseillaise  », les cérémonies se terminent par les remerciements de Monsieur DENIS maire de MONTCHAL, aux participants toujours nombreux à suivre les commémorations, et les invite à se retrouver autour d’un vin d’honneur.


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